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Vues sur notre génération
février 26, 2008, 1:39
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A la veille des élections municipales de mars 2008, au lendemain des présidentielles de 2007, la question de l’attente des jeunes par rapport aux élections est primordiale. Pour parler de la participation politique de notre génération, il est vain de faire un récapitulatif des votes de 2002. Une constatation a été faite dans l’étude d’Anne Muxel. La participation électorale chez les jeunes est depuis 2002, selon son rapport, en dents de scie.

Le 21 avril 2002, la France a assisté aux soubresauts de la jeunesse. En effet, 24% des 18/25 ans déclarent avoir participé aux manifestations spontanées contre Le Pen, 36% de la jeunesse s’est dite concernée de près par la mobilisation et un étudiant sur deux concerné par la mobilisation. Autant dire que la jeunesse s’est montrée plus que sensibilisée à l’avenir de la vie politique française. Tout laisse supposer que cet évènement ne restera pas sans conséquences sur l’expérience politique de ces jeunes manifestants et, plus largement, dans la conscience politique du pays.

Le fait est que le 5 mai 2002 les jeunes sont 88% à donner leur vote à Chirac, une participation plus que massive. Leur mobilisation a donc permis d’éviter le fléau d’une présidence fichée Front National. Et d’un commun élan, tout le monde a crié au sursaut politique d’une jeunesse jusque-là soupçonnée d’un déficit de conscience civique, contribuant au plébiscite du Président de la République sortant.

Seulement voilà, quelques semaines après les élections présidentielles, force est de constater que la mobilisation électorale des jeunes s’essouffle. En effet, dès le premier tour des élections législatives, la moitié des jeunes de ce pays se retire du jeu électoral en ne participant pas au scrutin (51 % des 18-25 ans, contre 36 % de l’ensemble du corps électoral). Leur retrait est beaucoup plus affirmé que dans les autres classes d’âge : 29 points d’écart en moins par rapport à leur participation au second tour des présidentielles.

Comment expliquer ces faits ? Pourquoi assiste-t-on à une situation de retrait des jeunes de la vie politique puis ensuite une mobilisation et enfin une démobilisation ? Qu’attendent les jeunes de la politique ?

La participation politique des jeunes en dents de scie rappelle la persistance voire l’aggravation d’une crise de la représentation politique. Que représente la gauche, que représente la droite quand on voit depuis presque toujours cohabiter ces deux partis aux hautes fonctions présidentielles et ministérielles ?

On assiste à une fragilisation du rapport des jeunes au vote. Au second tour des présidentielles en 2002, ils sont 78% des inscrits à aller voter contre 74% en 1995. Mais ne nous arrêtons pas sur ce fait. L’abstention aux présidentielles chez les jeunes est conséquente (34% en 2002 ; elle est de 32% chez les 25/30 ans et 28% pour l’ensemble de l’électorat), elle est encore plus importante pour les législatives (51%). Un constat semble se faire, l’attachement au vote est certes ancré dans la conscience des jeunes mais l’usage n’en est pas forcément systématique. Après l’écartement de Le Pen, les ressorts des motivations électorales des jeunes sont retombés. Le repli des jeunes dès le premier tour des législatives est significatif : 51% en 2002, 41% en 1997. Il semble que ni les leaders politiques ni les enjeux programmatiques en présence n’ont réussi à susciter suffisamment de conscience ou d’intérêt pour déterminer leur vote.

La remise en scène du rôle de garde fou de la jeunesse lycéenne et étudiante face à la lepénisation des esprits, contre le risque de compromis politique avec les partis d’extrême droite prend un sens politique des plus importants. On assiste à une identification négative de la figure de Le Pen. Ce phénomène revêt de l’importance dans la socialisation politique des jeunes générations car on focalise le repérage politique en désignant un ennemi commun par delà les clivages traditionnels entre gauche et droite. Ainsi, l’idée même des grandes familles politiques aux idéologies confrontées est mise à l’écart au profit d’une lutte contre la figure même de Le Pen.

On a beaucoup parlé de cette jeunesse qui s’est mobilisée contre Le Pen ; il y a aussi celle qui a donné sa voix au Front National. En effet, les péripéties électorales de printemps 2002 révèlent l’existence de réelles fractures politiques et sociales au sein de la jeunesse. En fonction du niveau d’études, on peut constater que le vote des jeunes n’est pas exclusivement contre Le Pen. Les jeunes de 18 à 30 ans, ayant un niveau d’études inférieur au baccalauréat ont été 29% à voter Le Pen le 22 avril et 22% au second tour ; ceux ayant un niveau d’études supérieures, 13% et 10%.

Par conséquent, l’expérience malheureuse du 22 Avril nous permet de constater que la fracture sociale est plus que présente dans cette nouvelle génération et qu’il serait vain de définir voire redéfinir les couleurs, les idées, les convictions des grandes familles politiques.

Si l’ampleur de la mobilisation anti Le Pen a été si conséquente peut être correspond-elle pour la nouvelle génération à un élargissement des formes de participation politique ?

Les usages de la manifestation acquièrent de plus en plus de légitimités politique et sociale. Les mobilisations collectives depuis 1980 se multiplient et les mouvements sociaux relaient de nouvelles demandes de politique. Il s’agit de faire entendre les préoccupations et mécontentements. Dans l’esprit de cette nouvelle génération, l’abstention et la manifestation sont des voies d’approfondissement de la culture démocratique. Le désir est donc profond pour cette nouvelle génération de repenser la logique des partis, de favoriser la participation citoyenne aux débats politiques.

Après ces diverses analyses, nous pouvons faire le constat que le début de la vie électorale de cette génération est chaotique. On y voit alternance de votes et d’abstentions, une grande volatilité des choix électoraux, une adéquation relativement flottante entre la structuration idéologique des individus et le processus des choix.

Au sein de la jeunesse, la question des diplômes crée des lignes de clivages politiques importants qui se traduisent par des choix électoraux contrastés. La fracture sociale et politique que l’on observe au sein de la jeunesse ne peut avoir ni les mêmes implications, ni les mêmes conséquences dans la durée que les clivages politiques différenciant de leurs aînés.

Les jeunes de la classe d’âge des 18/30 ans sont nés au cours d’une période historique charnière et inaugurale d’un cycle politique qui s’achève avec la défaite de Jospin et de la gauche plurielle aux présidentielles et législatives de 2002. Leurs années de naissance oscillent entre 1972 et 1984 ; ce sont les fils et les filles de parents ayant connu l’effervescence de mai 68. De 1972 à 1984, on distingue plusieurs périodes : celle du choc pétrolier mettant en branle l’économie des pays, celle du Congrès d’Epinay en 1974 marquant la fondation du Parti Socialiste et la création d’un programme commun de la gauche, celle de mai 1981 qui correspond à l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand.

La jeunesse anti Le Pen, la jeunesse abstentionniste, la jeunesse votant FN, la jeunesse indécise, l’ensemble de cette jeunesse est communément dénommée « les enfants de la génération Mitterrand ». Cette génération de l’alternance politique et de la cohabitation a appris la vie politique française à travers des références et des repères brouillés par rapport aux générations précédentes.

Qu’en est-il en 2007 ?

Après avoir connu encore de nombreux mouvements sociaux : mobilisation contre la loi Fillon, sursaut national contre le CPE, la jeunesse a été plus que présente dans la rue durant le dernier mandat de Chirac. Soucieuse de son avenir mis à mal par les lois proposées par le gouvernement, elle a manifesté son mécontentement contre les projets de la droite régnante.

Cela a-t-il porté ces fruits ? Cette génération, dite génération CPE, a réussi à faire flancher le gouvernement par le retrait du Contrat Premier Embauche. Mais lors des élections présidentielles, nous pouvons faire presque le même constat qu’en 2002 ; pour ce qui est de la mobilisation politique des jeunes en dents de scie. Dans son unicité, la campagne présidentielle 2007, plus que médiatisée, a fait (sur)valoir l’atout jeune : la jeunesse engagée pour la cause politique, la jeunesse qui massivement s’est déplacée pour s’inscrire sur les listes électorales et voter en avril et mai derniers. Selon des sondages, le fait d’aller voter pour la première fois pour l’élection d’un président de la République, plus de 50% des jeunes considèrent que cet acte est très important et qu’ainsi ils participeront au moment le plus important de la vie politique en France. Il faut des enjeux forts pour inciter les jeunes à aller voter.

Selon une étude faite pour le Monde en 2007, les sujets qui concernent les jeunes sont assez peu différents de ceux qui taraudent et préoccupent leurs aînés. La question de l’emploi et du chômage est celle qui, de loin, arrive en tête. Cela veut dire qu’il y a une communauté d’expérience entre les générations, un même socle de préoccupations à partir desquels se feront leurs réponses électorales. C’est sans doute ce qui a expliqué la dynamique du mouvement anti-CPE. Il rencontrait l’adhésion de toutes les tranches d’âges, des jeunes comme de leurs parents. Les inquiétudes portées sur l’avenir professionnel sont majeures. Les jeunes français attendent sur ce sujet des réponses de la part des responsables politiques. Dans les sujets que les jeunes souhaiteraient voir traités par les candidats au cours la campagne électorale pour l’élection présidentielle, viennent ensuite la précarité de la jeunesse et la pauvreté en général, la qualité de l’enseignement, les problèmes écologiques et l’environnement, l’Europe, l’immigration…

Les jeunes sont beaucoup à donner leurs voix à la gauche (PS) et également à l’extrême gauche. Avant le premier tour, filles et fils de la génération Mitterrand voit en la candidate Ségolène Royal l’incarnation de l’espoir, d’une France nouvelle et sociale. 84% déclarent même que rien n’est joué et que tout est encore possible … Les résultats du deuxième tour des présidentielles mettront en tête d’affiche de l’Elysée la candidature adverse, celle d’une droite dure, que craint une partie de la jeunesse. Les jeunes sont d’ailleurs nombreux a manifesté dans la rue leur mécontentement au lendemain du 6 mai. Aux législatives, la vague bleue annoncée a stimulé les jeunes à aller voter ; mais toujours moins nombreux à se déplacer qu’aux présidentielles ; cela a eu tout de même pour résultat d’éviter le ras de marée à l’Assemblée.

Même si notre génération reste optimiste sur son avenir malgré le chômage et les maux de la vie urbaine, elle reste victime d’une ascension sociale en panne dans une société aux clivages brouillés. En effet, confrontés à une insertion sociale difficile et tardive et à une crise de mobilité sociale, les 15-24 ans perçoivent la société comme un objet à conquérir, où l’intégration ne va pas de soi.

70% perçoivent l’époque actuelle comme plus difficile que celle de leurs parents. Ils sont plus de 70% à considérer les possibilités d’ascension sociale pour les jeunes issus de milieux modestes comme défaillantes et enfin, 59% pensent que les différences sociales entre les jeunes sont plus fortes que ce qui les rassemble.

On peut penser que, pour les jeunes, ce sont plutôt les outils de « l’intégration sociale » qu’il faut mobiliser aujourd’hui plutôt que des mécanismes corrigeant les inégalités. En effet, le sens qu’ils donnent à la fracture sociale entre les jeunes témoigne d’un brouillage des repères traditionnels.

La fracture la plus importante est celle qui sépare ceux qui ont un travail et ceux qui n’en ont pas (32%), puis le lieu d’habitation (24%) et seulement après l’origine sociale (21%). On est donc dans un système de représentations où les clivages sociaux traditionnels s’effacent devant la situation binaire « dans la société ou en dehors », ou la stigmatisation engendrée par le fait d’habiter dans un endroit dévalorisé. Pour beaucoup des 15-24 ans, les attentes et les valeurs des jeunes ne se retrouvent pas dans les programmes des hommes politiques.

Il s’agit dès à présent pour chaque candidat aux élections municipales et cantonales de dresser le contour de ce qu’est la politique pour les jeunes : non pas une réaction à tel ou tel évènement, mais avant tout la défense de leurs droits et la lutte contre les injustices sociales.

Photo par Ludovic Lepeltier

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